La fête, une zone à défendre ?
Partout je lis la haine, je la renifle dans les recoins sales des mots, dans les salles sombres des commentaires sous des vidéos, je la décolle au coton-tige sur les plateaux télé d’ordinaire si bien éclairés. Je me sens embourbée jusqu’aux hanches, incapable de faire pivoter mon tronc pour regarder dans mon dos et assurer désormais mes arrières d’antifacho. Je voudrais comprendre comment on en est arrivé là mais je suis prise au niveau de la poitrine, les seins en étau.
Je vois partout la haine déchaînée, déclenchée, libérée de ses fers, elle vole gicle dégueule en roue libre dans les bouches les plus propres, des grottes remplies de menhirs qui brillent dans des lunettes aviateur. Elle glisse sur des palais qui portent bien leur nom, châteaux viriles où s’accrochent des langues grattées à l’éponge pour faire passer la honte. Dans leur caverne de blancs bourgeois, de journaleux frileux, la haine sort en geyser comme si elle s’était contenue trop longtemps ; des éjaculations de fureur qui, elle aussi, porte bien son nom.
J’ai pas de médoc à prescrire contre la rage, pas de sticker contre la banalisation, juste besoin de souffler sur le Front du monde et remettre leur méprise au milieu du visage, renverser le sablier une bonne fois, résister pour tous ceux et celles qui ne pourront pas. On ne pactise pas avec le diable, on fait bloc, on ne cède aucun trottoir, aucune piste de danse, on résiste, on se tient là, on serre nos becs de macareux échoués, touchés par la tempête, et on se ramasse soi-même parce qu’a priori, personne ne le fera.
En derniers remparts, on va sortir ce soir, faire entendre nos voix, faire bouger nos corps de gouines queens queers allié.e.s et pédés. Tant qu’on peut, on le fera.
Talk à 18h à l’Atabal à Biarritz : « La fête : une zone à défendre ? »
Pour voir si la fête peut nous mener quelque part, je tendrai mon micro à La Décadence qui, elle aussi, porte bien son nom. En cette période de chute et d’effondrement, je propose une autre sorte de fucking Rassemblement. On va parler de la fête comme lieu de contestation et de recomposition sociale. On va évoquer la flamboyance du drag, la nécessité des soirées inclusives au Pays basque et la force du collectif.
Soirée en partenariat avec le Queen Classic Surf Festival et l’Atabal