Rue en Pente : la boucle est bouclée
Des gouttes d’eau tiède coulent dans mon cou, plaquent mes boucles brunes contre un carré de peau, à l’endroit le plus fin. Pour les moyennes et les bof occasions, je porte un tee-shirt noir. Une façon malhabile de passer inaperçue, me fondre en simili ténèbres, décor gothique sans intérêt, prétendre à l’élégance du dépouillement, brandir la carte Marie Condo de l’habillement. Ce soir, le coton sombre se glisse dans le pli de mon ventre et se cramponne à mon dos. J’ai chaud.
J’ai chaud en essuyant mes godasses à ce même tapis, celui de l’atelier d’écriture qui allait, si ce n’est changer ma vie, au moins rendre visible lisible ce manuscrit. J’ai chaud en regardant ces femmes venues s’attendrir des miaulements du nouveau-né, chaud en apercevant la tête blonde de mon frère dépasser d’une étagère de livres, chaud en tombant sur l’allure robuste de mon amoureuse planquée à l’arrière de l’assemblée. J’ai chaud en glissant sur mes amies verticales hissées dans un angle de la pièce, chaud de voir toutes les autres alignées dans un silence chargé. J’ai chaud de savoir ma mère campée là juste devant, élève au premier rang, chaud en ne croisant pas le regard de mamie, courbée à cette heure-ci au-dessus d’une soupe, serviette vichy sur le col de son chemisier, résidente parmi. Au fond du réfectoire couleur savon, quelques fleurs de papier punaisées au mur de la télé rappellent en trois lettres majuscules l’actuelle saison. Et, tandis que je confie à voix haute pour la première fois ce que contiennent ces Trois petits chats, je pense aux gouttes d’eau tiède qui plaquent ses boucles blanches contre un carré de peau, à l’endroit le plus fin. Plus tôt, elle me disait : « Je te fais des bisous plus chauds que la chaleur, comme ça, ça laissera des traces sur tes joues et on saura que quelqu’un t’aime à fond. »
Merci à Garance, Juliette et Jeanne de @librairierueenpente pour l’accueil familial, à Victoire et mon éditrice Mélie pour les cris de joie à l’annonce des belles nouvelles, à Pélagie et Anne pour tout le reste. Merci à celleux qui m’accompagnent dans la sortie et la promotion de ce livre.
Comme sur ma tête désormais, on dirait que la boucle est bouclée.